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L'Aître Saint-Maclou

Non loin de l'église Saint-Ouen, s'en dresse une autre, l'église Saint-Maclou et son ancien cimetière, désigné par les archéologues sous le nom d’aître Saint-Maclou.

On y pénètre par une grande porte au n" l88 de la, rue Martainville ; c’est une espèce de cloître dans le genre des Alyscamp à Arles, moins fleuri, moins sculpté, moins restauré surtout, mais qui n’en offre pas moins des particularités remarquables.

Large de 32 mètres sur une longueur de 48, ce cimetière, où l’on ne vois plus traces de tombeaux, est entouré d’un côté par une galerie à jour supportée par des colonnes en bois sculpté et, des trois autres, par des bâtiments dans les murs desquels se répètent les mêmes colonnes.

Vers le milieu de ces colonnes et à l’endroit où elles cessent d’être cannelées pour devenir rondes, ce qui leur donne un aspect assez singulier sous leur chapiteau corinthien, se trouvent en re1ief des sculptures fort originales représentant une Danse macabre qui, pour n’avoir pas la valeur artistique de celle qu’a peinte Holbein, a tout autant de portée philosophique et en quelque sorte plus de saveur.

L’artiste inconnu qui en est l’auteur et qui vivait sous la renaissance, car ces sculptures ne datent que de 1525, n’avait d’ailleurs rien à inventer, la Danse macabre existait de fait ; c’était une espèce de mimodrame d’origine allemande qu’on exécutait dans les cimetières, ou du moins qu’on avait exécuté à l’époque la plus malheureuse de la France, pendant les guerres de l’occupation anglaise, compliquées encore de la lutte fratricide des Armagnacs et des Bourguignons ; car il fallait, pour se plaire à un tel spectacle, être absolument désespéré et réduit, comme l étaient les misérables populations du xveme siècle, à s’approprier la lugubre épigraphe de la Danse macabre :

Bien de mieux que la mort, rien de pis que la vie.

Cette danse était une espèce de ronde conduite par la Mort, personnifiée sous la forme hideuse du squelette humain, et dans laquelle entraient tour à tour, bon gré mal gré, toutes les conditions sociales, depuis le pape, l’empereur et la grande dame jusqu’au dernier des mendiants.

Inventée évidemment par le christianisme, cette cérémonie perdit son but ; de pieuse qu’elle fut d’abord, elle devint, jusqu’à un certain point, plaisante, puis presque cynique ; car rien dans la pensée ni dans l’exécution ne venait tempérer l’horrible représentation de la mort.

On ne la voilait pas, comme l’antiquité, sous une longue robe semée d’étoiles ; le moyen Age, probablement pour s’habituer à la voir en face, la déshabillait de ses ailes noires et de sa poésie mystique pour la représenter dans tout son matérialisme égalitaire, par un squelette hideusement mais fièrement drapé dans des lambeaux arrachés aux insignes de toutes les professions.

Comme cela elle est horrible, mais elle est aussi grotesque. Elle fait peur, mais elle fait sourire. Ce n’est plus la sentinelle que la religion avait posée sur la limite de son universel empire comme un épouvantail et un enseignement, ; c’est simplement l’image de la destruction matérielle, l’emblème de l’égalité de tous, non plus devant Dieu, mais devant les vers du sépulcre.

Telle est la Danse macabre sculptée sur les 3l piliers de l’aître Saint-Maclou ; seulement la mort est répétée sur chaque colonne, tantôt persuasive, tantôt violente, avec un personnage vivant qu’elle entraîne dans la tombe ; comme si l’artiste avait voulu réaliser la phrase que Saint Louis a fait entrer dans notre jurisprudence : " Mortuus saisit vivum. "

C’est une chose à voir de près.

Lucien d'Hura 1877

 

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Maj 16.07.98